Il faut gracier France 4 et France Ô !

Il ne fait plus aucun doute que •Ô et •4 aient obtenu un moratoire pour survivre après le 9 août, date à laquelle elles devaient officiellement disparaître du paysage audiovisuel français, laissant deux écrans noirs derrière elles. Pour autant, il ne s’agit pas d’une décision définitive, il faut donc maintenir la pression pour que les autorités comprennent l’utilité de ces chaînes pour le service public.

En tout cas, ce report ou ce moratoire est une victoire importante pour Force Ouvrière qui s’est mobilisé très fortement en faveur du maintien de •Ô et •4 . Il faut dire que le contexte de la crise du covid-19 nous a donné raison : les Français ont besoin de l »audiovisuel public !

D’ailleurs, la nécessité de maintenir France 4 et France Ô fait aujourd’hui l’unanimité. Tous les membres du conseil d’administration de FTV viennent d’apporter un soutien appuyé et remarqué aux deux chaînes. Dans le même temps, des élus de tous bords montent au créneau pour éviter l’inéluctable. Seul le Premier Ministre, Édouard Philippe, semble rester totalement inflexible et pas intéressé par le sujet. “Il en fait un dogme” nous précise un élu.

Rien n’est arrivé par hasard

Les deux chaînes font l’objet d’un saccage méticuleusement organisé depuis plusieurs années par un groupe de think tank et d’influenceurs défavorables à l’audiovisuel public. Ceux-ci distillent des fake ou des préjugés sur France Ô et France 4 auquel le gouvernement a prêté l’oreille : “Ce sont des chaînes qui coûtent cher”, “elles ne font pas d’audience”, “il y a trop de chaînes à France Télévisions”, “les personnels de France Ô et France 4 ont des salaires indécents”… Sauf que ces déclarations sont généralement fausses ou exagérées. Elles ont pour origine la jalousie et les intérêts personnels, parfois la vengeance.

Sauvons France Ô
Sauvons France Ô, le logo de la contestation qui s’est organisée dès 2018

Car nous savons d’ores et déjà que la fermeture des deux chaines n’engendrera pas d’économie pour FTV à part des queues de cerises (une centaine de milliers d’€). Pire, elle va déréguler tout le secteur de la production, de la création, et des formations attachées. Cela aura pour conséquence des milliers de suppressions d’emplois notamment dans le secteur privé, alors que la France est un des leaders mondiaux de la production de dessins animés et que le financement de la filière est quasi vertueuse. Comment se tirer une balle dans le pied alors que la France gagne de l’argent ? Les élites viennent de répondre !

La donne a changé

Les malfaisants sont tombés sur un os. En ces temps de crise du Covid-19, France Télévisions a su montrer aux yeux de tous, sa formidable capacité d’adaptation. Toutes les chaînes montrent leur bien fondé et leur utilité pour le public ; particulièrement celles qui sont visées par la fermeture.

France 4 devenu “chaîne apprenante” selon les mots du ministre de la Culture Franck Riester propose des cours scolaires tous niveaux. France Ô maintient fortement le lien avec tout l’Outre-mer en médiatisant les mesures de prévention prises par le gouvernement. Il s’agit là d’un lien particulièrement précieux avec la métropole. Car “sous les cocotiers”, la crise sanitaire est particulièrement dure. France Ô a donc remodelé ses tranches d’information, tout en maintenant une offre variée de divertissements. Grâce à son réseau les territoires, à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, ne sont pas coupés de la République.

De plus, personne n’en parle, parce que certains “sachants” ne comprennent pas comment fonctionne la télévision, mais le site de Malakoff est aussi la régie finale de l’essentiel des 1ères Outre-mer. Il y a là aussi un enjeu de sécurisation de notre diffusion à travers le Monde.

Quasiment tous les français ont dans ces temps difficiles accès gratuitement à tous ces services : la mission cardinale de France Télévisions allouée par l’État est donc respectée. À cela s’ajoute la qualité de la prestation offerte que personne ne peut nier.

Stratégiquement, cette crise a annihilé tous les plans de passage de France Ô et France 4 sur internet. S’il faut bien admettre que la plateforme numérique de France 4 est déjà en place et qu’elle fonctionne bien, la situation montre qu’elle est totalement complémentaire de sa chaîne TNT. En revanche, concernant France Ô, rien n’est prêt. Non seulement la chaîne devrait disparaître, mais en plus elle n’a aucune plateforme numérique pour l’accueillir : c’est la mort de la chaîne.

Pour pallier à la disparition de France Ô, l’Etat a inventé le fameux “pacte de visibilité des Outre-mer” : un engagement de France Télévisions de diffuser des informations sur des chaînes nationales. Chacun a compris qu’il s’agissait là d’une vaste fumisterie. Il suffit de faire le constat en plein confinement : France 3 ne peut diffuser que 6 mn par jour d’information provenant des Outre-mer et sur des créneaux peu porteurs. Et sur les autres chaînes c’est quasiment le néant. Normal, ce n’est pas leur mission première. En revanche c’est bien celle de France Ô, chaîne dédiée à l’Outre-mer.

Oui au numérique, mai oui aussi au maintien de la TNT

Rappelons que même si le projet de portail numérique de France Ô est innovant, il ne règle en rien la problématique de l’exclusion numérique, des inégalités d’accès à internet des départements et collectivités d’Outre-mer.

Pourtant France Télévisions est classée comme OIV (Opérateur d’Importance Vitale). Son rôle d’après la loi est “en priorité et dans l’urgence, gérer et garantir le plan de continuité de son activité de service public, tout en assurant la sécurité de tous les collaborateurs”. Fermer en pleine crise France Ô ou France 4 c’est mécaniquement couper le lien avec l’information, les productions, la création ; c’est se mettre hors-la-loi !

Parallèlement, le confinement provoque un engorgement de la diffusion par internet. De nombreux Français se plaignent d’être désormais “en zone blanche ou en zone grise”. Ils n’ont plus de connexion avec leur réseau. Certains se plaignent de cette disparité entre les territoires, d’où l’impérieuse nécessité de maintenir une diffusion TNT de toutes les chaînes de l’audiovisuel public.

 L’application unilatérale de ces décisions pourrait dès lors avoir des conséquences mortifères pour la survie de ces marques du service public. Elles pourraient ne jamais s’en relever. Il y a donc lieu de suspendre la décision de supprimer France 4 et France Ô.

article d’Eric Vial, publié dans l’InFO france.tv n.14