l’inFO n°14 • avril 2020

à la UNE : Les jours d’après… par J-C. Mailly
2 : Distorsion du temps par É. Daycard
3 : Il faut gracier •4 et •Ô par É. Vial
4 : Le casse-tête des plannings par B. Demange
5 : Si loin, si proche par M. Lelorieux
6 : L’adhésion au temps du confinement à FO france•tv


Les jours d’après…

par Jean-Claude MAILLYJean-Claude Mailly
Ancien secrétaire général de FO
Administrateur Synopia
Activités de conseil et chroniqueur médias

 

FO france•tv : Quelle est votre analyse de la crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons ?

Jean-Claude Mailly : Cette crise sanitaire est en train de remettre en selle un certain nombre de secteurs du service public, globalement vilipendé depuis des années pour son coût budgétaire ou son mode de gestion qui devait s’inspirer du privé. Comme toujours dans ces périodes de crise, d’origine financière ou cette fois sanitaire, la survenance des événements conduit les agents économiques, entreprises comme individus, à se tourner vers l’État pour injecter des liquidités, amortir le choc, régler le problème.

Pour ne prendre qu’un exemple, il y a peu les hospitaliers de toutes catégories manifestaient leur mécontentement en demandant d’urgence des moyens sans être sérieusement entendus. Aujourd’hui ceux qui refusaient de répondre les considèrent comme des héros et dégagent des moyens financiers. De fait aucune société ne peut vivre correctement sans un service public efficace dont la principale mission, en tant que bien commun, est de satisfaire au mieux les besoins et attentes des citoyens.

Cela vaut bien entendu pour France Télévisions dans ses missions de couverture, d’information, d’éducation, ce qui au passage pose actuellement la question de la fin de France 4 en particulier pour son rôle éducatif ou de France Ô pour les les liens entre la métropole et l’outre mer.

FO france•tv : Quelles en seront les conséquences ?

Jean-Claude Mailly : D’ores et déjà cette pandémie – je me refuse d’utiliser le terme de guerre – a des conséquences économiques, financières, sociales et humaines d’autant plus importantes que la durée de la crise est inconnue, des scientifiques considérant qu’elle ne pourra être réellement derrière nous qu’à la découverte d’un traitement efficace et d’un vaccin.

Au plan économique une partie de l’activité est à l’arrêt et cela se traduira malheureusement par des fermetures d’entreprises. Je pense notamment aux TPE et PME qui avaient une trésorerie fragile avant la crise, qui sont actuellement sans activité mais avec des charges fixes et qui risquent d’avoir beaucoup de difficultés à repartir. Certes l’État dégage des moyens, mais il y aura des trous dans la raquette et la mise en œuvre des décisions est, comme souvent en France, complexe. Par ailleurs les économistes anticipent une récession de l’ordre au minimum de 2 à 3% en 2020, ce qui jouera sur les rentrées fiscales et sociales, sur l’emploi et le pouvoir d’achat. Le risque déflationniste est réel.

Au plan monétaire et financier, outre les budgets mis en œuvre par les gouvernements en empruntant, outre les injections de la Banque Centrale Européenne et des autres banques centrales, on ne peut exclure que certaines banques ou sociétés de gestion financière, notamment celles ayant oublié les leçons de la crise de 2008, aient des difficultés. Et surtout cette crise met fortement l’accent sur les insuffisances de l’Europe qui apparaît comme un nain économique face aux USA et à la Chine, qui a du mal à prendre des initiatives faute de se mettre d’accord à 27 avec des pays qui, en son sein, freinent par exemple la mise en œuvre d’eurobonds (appelés corona bonds) pour financer de manière mutualisée l’effort financier. Jacques Delors n’a pas tort de dire que cette période constitue un danger mortel pour l’Europe.

Au plan social le recours massif et nécessaire au chômage partiel, les conditions de travail et de sécurité de celles et ceux qui continuent à travailler, qu’ils soient en première ou deuxième ligne, l’absence de mise en place dans nombre d’entreprises des CSE (la fusion des institutions représentatives du personnel étant une des mesures dangereuses des ordonnances travail), certaines décisions prises par le gouvernement comme les 60h par semaine sans passer par la négociation marquent la période actuelle. Là encore pour ne prendre qu’un exemple comment peut-on croire que dans l’industrie agroalimentaire de la viande, où les salariés travaillent durement, sur des rythmes élevés, par 4 degrés Celsius et au SMIC puissent aller jusqu’à 60h par semaine sans risque ? Il serait utile que les énarques aient régulièrement des stages prolongés dans ce type d’activité, pour ne pas vivre hors sol !

Au plan humain les conséquences du confinement sont loin d’être anodines et révèlent les fractures sociales. Ce n’est pas la même chose d’être confiné dans un grand espace avec un extérieur ou à 4 avec deux enfants dans 40 m2 ! Ce n’est pas la même chose de pouvoir être en télétravail et de garder son salaire que d’aller au travail la peur au ventre ou d’être en chômage partiel et perdre 16% de son salaire, sans parler des primes éventuelles. Par ailleurs des personnes isolées peuvent souffrir du confinement, les femmes et enfants battus courent des dangers plus grands. De même l’absence de cours va accroître les différences sociales d’accès à la culture et à l’instruction.

Non seulement nous ne sommes pas à égalité dans le confinement mais le confinement accroît les inégalités.

FO france•tv : Le plan d’urgence mis en place pendant la crise ne va-t-il pas donner des idées au gouvernement pour faire perdurer certaines mesures ?

Jean-Claude Mailly : Le plan d’urgence sanitaire était indispensable dans son principe, même s’il faudra s’assurer à la sortie que les mesures restrictives de liberté cessent effectivement.
Si l’heure n’est pas aux polémiques stériles, il ne s’agit pas pour autant de rester muet.
L’actuel gouvernement n’est pas responsable du passé mais il n’en reste pas moins que certaines choses ne sont pas acceptables comme l’absence de masques, de gels, de médicaments ou de tests de dépistages, absences qui ont impliquées le confinement actuel. Certes les chinois n’ont pas été transparents sur cette crise, minimisant notamment le nombre de décès. Certes, il ne fallait pas faire le premier tour des municipales 2 jours avant le confinement. De même, le gouvernement n’avait pas à minimiser publiquement le rôle des masques parce qu’il n’y en avait pas assez ; aurait dû être transparent sur les tests expliquant ainsi les vraies raisons du confinement, etc. On ne gagne rien en biaisant l’information, on ne fait que fragiliser la confiance.

FO france•tv : Comment envisagez-vous les jours d’après ?

Jean-Claude Mailly : C’est aujourd’hui qu’il faut travailler sur les jours d’après, même si cela ressemble un peu aux 12 travaux d’Hercule.

Ce que le monde est en train de vivre était inimaginable il y a peu, non seulement la vitesse de propagation de ce virus mondialisé, mais aussi d’avoir des économies en partie à l’arrêt. L’impossible devient réel. Par définition cette crise modifie certaines situations : accélération du télétravail, des cours sur plateforme ou utilisation plus importante des robots. Le recours à l’intelligence artificielle fait débat autour des questions de liberté, certains gouvernements ayant autorisé le tracking *.

Toutes les crises épidémiques importantes ont façonné de profondes transformations. Yuval Noah Harari explique ainsi (Le Point / pressreader.com) qu’au XIVème siècle une épidémie de peste bubonique importée de Chine par les commerçants voyageant sur la route de la soie frappa l’Italie, la France puis l’Europe tuant sur son passage la moitié de la population et eut comme conséquence imprévue un bouleversement social considérable à l’origine de la Renaissance. Actuellement les décisions des gouvernements, voire les expériences, étaient impensables dans l’avant crise : utilisation massive du chômage partiel en Europe, versement aux États-Unis d’indemnités de subsistance évoquant un revenu universel, débats sur les dividendes versés aux actionnaires, aides massives aux entreprises, gel en Europe du plafond de 3% du déficit budgétaire…

Le monde d’après connaîtra des changements dont seule l’ampleur est inconnue mais elle dépendra à la fois des gouvernements, donc du politique, et des citoyens. Je ne saurai être exhaustif, toutes les disciplines étant interpellées.

Au plan international les gouvernements, et déjà ceux du G20, réussiront-ils à développer des logiques et actions de coopération multilatérale, donc à quitter les rives actuelles du retour au nationalisme ? Cela vaut pour les conditions du commerce, le rôle du FMI et de la Banque Mondiale, le renforcement du rôle de l’Organisation Internationale du Travail, les questions monétaires, la coopération scientifique.

Au plan européen une révision des traités sera nécessaire, à la fois sur toutes les questions économiques et monétaires, sur l’inclusion des questions sociales, sur les modes de décision à 27, sur la possibilité pour les pays qui le souhaitent d’aller plus loin ensemble (ex. pour la zone euro au plan économique, fiscal et social), sur les questions migratoires, sur le renforcement de la démocratie. Il s’agit, comme au niveau international, de développer une “Europe de solidarité” qui garantisse également les productions indispensables.

Aux deux niveaux il conviendra également de réguler et mieux réglementer le secteur bancaire et financier et de faire sauter le tabou des déficits publics qui, de toute façon, vont exploser à la fois par les interventions actuelles et les plans de relance et d’investissement qui seront ensuite indispensables. Ces investissements devront également permettre de renforcer les services publics dont on mesure encore mieux aujourd’hui, même pour ceux qui les critiquaient, le caractère indispensable. Les entreprises devront s’impliquer fortement dans la RSE, la Responsabilité Sociale des Entreprises, l’expérience actuelle montrant que celles qui le font s’en sortent mieux ; la question du partage des valeurs est posée.

En France, outre les points évoqués ci-dessus, il sera plus que temps de revivifier notre fonctionnement de la démocratie qui ne doit pas se résumer au droit de vote. C’est vrai pour le rôle du Parlement, pour mieux impliquer les citoyens et pour redonner au dialogue social, battu en brèche depuis quelques années, ses lettres de noblesse démocratique respectueuses des principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.
Tout ne se fera pas en un jour mais ces axes de réflexion et d’action m’apparaissent indispensables. Là aussi, l’impossible doit devenir réalité. Il appartiendra aux citoyens, comme aux organisations et aux syndicats, de peser fortement.

Le risque serait de revenir au monde d’avant la pandémie.

Un monde de plus en plus contesté ou critiqué ces dernières années. Depuis quelque temps de plus en plus de voix s’élevaient pour dénoncer le “marché roi” dérégulé et l’accroissement des inégalités. Pour les adeptes de l’économie politique, on était en train de quitter les rives de l’École de Chicago ** et de Milton Friedman (une théorie largement reprise par Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans les années 90) pour revisiter John Maynard Keynes, qui, à contrario, prône plus de justice et de stabilité sociale avec des soutiens gouvernementaux à l’investissement et la consommation.

La crise sanitaire tragique que nous traversons doit accélérer ces changements pour un “nouveau monde” qui, cette fois, ne sera pas qu’un slogan.

(* le tracking : pistage – traçage, des déplacements de la population via les applications de nos smartPhones utilisant la géolocalisation. Google a mis ses données à la disposition des gouvernements. Les analyses de géolocalisation pourraient être renforcées par l’analyse des connexions bluetooth, de proximité).

(** l’École de Chicago : école de pensée économique des années 50 développée entre autre par l’économiste Milton Friedman, lui-même ancien conseiller du général Pinochet au Chili. Auteur de “Capitalisme et liberté”, il considère que la priorité pour une entreprise est de servir ses actionnaires avant ses salariés).

 

Distorsion du temps

par Élise DAYCARD
Représentante de Proximité (RP) FO france•tv

Je confine, tu confines, elle confine, nous confinons, vous confinez, elles confinent. À croire que c’est le verbe de l’année 2020. Que je confinasse… avec ou sans accent circonflexe ?? Vous l’aurez compris, l’ennui fait partie du confinement.

Mais reprenons : journaliste à la locale de France 3 Pau Sud-Aquitaine, je suis confinée depuis 5 jours de plus que vous. Un cas dans notre rédaction, et dès le samedi 14 mars, interruption du reportage sur lequel j’étais, direction la maison pour 2 semaines et un nouveau mot, la quatorzaine. La réalité me tombe dessus : je suis potentiellement atteinte. Le confinement doit être strict, pas de sortie, surtout ne croiser personne. Prise de température deux fois par jour, RAS, jusqu’ici tout va bien.

Le télétravail, c’est vraiment du travail

Mais pas question de rester à rien faire : la connexion wifi est bonne, l’ordinateur en place, dès le lundi, c’est parti pour le télétravail.
Drupal devient mon ami quotidien. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est ce magnifique logiciel qui permet d’écrire des papiers web. Enfin, magnifique, c’est beaucoup dire. Trouver des sujets, je sais faire. Passer des coups de fil pour vérifier une info, c’est mon boulot. Écrire, ça fait partie de ma formation. Mais inclure photos, vidéos skype, posts des réseaux sociaux et je ne sais quoi d’autre… Au secours ! Après plusieurs moments de grande solitude et des appels désespérés aux formidables éditeurs web d’Aquitaine, bon an mal an, on y arrive.

Une quatorzaine épuisante

2 semaines aussi à concilier mon travail de journaliste (je suis payée pour ça ne l’oublions pas) et mon mandat d’élue du personnel. Certains salariés ont peur, craquent, ne veulent plus venir et ne peuvent pas travailler de chez eux. Difficile de gérer tout cela à distance, rassurer, appeler la direction, faire des audio conf… Ces 14 jours sont exténuants. Ça tombe bien, j’avais posé une semaine de congés. Tiens, et si je restais me reposer chez moi ?

Après la quatorzaine, le “simple” confinement : je peux pousser jusqu’à la supérette près de chez moi ! Une routine s’installe : dormir, manger, une peu d’activité physique, france•2 qui a la bonne idée de rediffuser des classiques de la comédie (Ah, “un éléphant, ça trompe énormément !”), trouver des vieux sketches à envoyer à mes parents pour les distraire (et redécouvrir du même coup les bijoux de Francis Blanche et Pierre Dac), les live-apéros avec les amis…

Pourtant une angoisse me taraude : la reprise du terrain le 10 avril ou un autre jour… Où en serons-nous de l’épidémie ? Aurai-je des masques, des gants pour me protéger, une perche pour me tenir à bonne distance de mes interlocuteurs ? Et les tests, et les remèdes, et les vaccins ? Ce n’est que dans 10 jours, mais j’ai l’impression qu’il peut se passer tellement de choses.

Distorsion du temps… Je vous disais que l’ennui faisait partie du confinement !

 

Il faut gracier 4 et Ô

par Éric VIAL
Délégué Syndical Central (DSC) FO france•tv
Secrétaire Adjoint du CSE Central France Télévisions

 

Le 9 août prochain, l’État a décidé de fermer les antennes de France 4 et France Ô sur la TNT. Force Ouvrière se mobilise depuis cette annonce pour abroger ou au moins surseoir à cette décision qui va fragiliser le groupe France Télévisions. Le contexte de la crise du covid-19 nous donne raison : les Français ont besoin de service public.

La nécessité de maintenir France 4 et France Ô fait aujourd’hui l’unanimité. Tous les membres du conseil d’administration de FTV viennent d’apporter un soutien appuyé et remarqué aux deux chaînes. Dans le même temps, des élus de tous bords montent au créneau pour éviter l’inéluctable. Seul le Premier Ministre, Édouard Philippe, semble rester totalement inflexible et pas intéressé par le sujet. “Il en fait un dogme” nous précise un élu.

Rien n’est arrivé par hasard

Il faut dire que les deux chaînes font l’objet d’un saccage méticuleusement organisé depuis plusieurs années par un groupe de think tank et d’influenceurs défavorables à l’audiovisuel public. Ceux-ci distillent des fake ou des préjugés sur France Ô et France 4 auquel le gouvernement a prêté l’oreille : “Ce sont des chaînes qui coûtent cher”, “elles ne font pas d’audience”, “il y a trop de chaînes à France Télévisions”, “les personnels de France Ô et France 4 ont des salaires indécents”… Sauf que ces déclarations sont généralement fausses ou exagérées. Elles ont pour origine la jalousie et les intérêts personnels, parfois la vengeance.

Car nous savons d’ores et déjà que la fermeture des deux chaines n’engendrera pas d’économie pour FTV à part des queues de cerises (une centaine de milliers d’€). Pire, elle va déréguler tout le secteur de la production, de la création, et des formations attachées. Cela aura pour conséquence des milliers de suppressions d’emplois notamment dans le secteur privé, alors que la France est un des leaders mondiaux de la production de dessins animés et que le financement de la filière est quasi vertueuse. Comment se tirer une balle dans le pied alors que la France gagne de l’argent ? Les élites viennent de répondre !

La donne a changé

Les malfaisants sont tombés sur un os. En ces temps de crise du Covid-19, France Télévisions a su montrer aux yeux de tous, sa formidable capacité d’adaptation. Toutes les chaînes montrent leur bien fondé et leur utilité pour le public ; particulièrement celles qui sont visées par la fermeture.

France 4 devenu “chaîne apprenante” selon les mots du ministre de la Culture Franck Riester propose des cours scolaires tous niveaux. France Ô maintient fortement le lien avec tout l’Outre-mer en médiatisant les mesures de prévention prises par le gouvernement. Il s’agit là d’un lien particulièrement précieux avec la métropole. Car “sous les cocotiers”, la crise sanitaire est particulièrement dure. France Ô a donc remodelé ses tranches d’information, tout en maintenant une offre variée de divertissements. Grâce à son réseau les territoires, à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, ne sont pas coupés de la République.

De plus, personne n’en parle, parce que certains “sachants” ne comprennent pas comment fonctionne la télévision, mais le site de Malakoff est aussi la régie finale de l’essentiel des 1ères Outre-mer. Il y a là aussi un enjeu de sécurisation de notre diffusion à travers le Monde.

Quasiment tous les français ont dans ces temps difficiles accès gratuitement à tous ces services : la mission cardinale de France Télévisions allouée par l’État est donc respectée. À cela s’ajoute la qualité de la prestation offerte que personne ne peut nier.

Stratégiquement, cette crise a annihilé tous les plans de passage de France Ô et France 4 sur internet. S’il faut bien admettre que la plateforme numérique de France 4 est déjà en place et qu’elle fonctionne bien, la situation montre qu’elle est totalement complémentaire de sa chaîne TNT. En revanche, concernant France Ô, rien n’est prêt. Non seulement la chaîne devrait disparaitre, mais en plus elle n’a aucune plateforme numérique pour l’accueillir : c’est la mort de la chaîne.

Pour pallier à la disparition de France Ô, l’Etat a inventé le fameux “pacte de visibilité des Outre-mer” : un engagement de France Télévisions de diffuser des informations sur des chaînes nationales. Chacun a compris qu’il s’agissait là d’une vaste fumisterie. Il suffit de faire le constat en plein confinement : France 3 ne peut diffuser que 6 mn par jour d’information provenant des Outre-mer et sur des créneaux peu porteurs. Et sur les autres chaînes c’est quasiment le néant. Normal, ce n’est pas leur mission première. En revanche c’est bien celle de France Ô, chaîne dédiée à l’Outre-mer.

Oui au numérique, mai oui aussi au maintien de la TNT

Rappelons que même si le projet de portail numérique de France Ô est innovant, il ne règle en rien la problématique de l’exclusion numérique, des inégalités d’accès à internet des départements et collectivités d’Outre-mer.

Pourtant France Télévisions est classée comme OIV (Opérateur d’Importance Vitale). Son rôle d’après la loi est “en priorité et dans l’urgence, gérer et garantir le plan de continuité de son activité de service public, tout en assurant la sécurité de tous les collaborateurs”. Fermer en pleine crise France Ô ou France 4 c’est mécaniquement couper le lien avec l’information, les productions, la création ; c’est se mettre hors-la-loi !

Parallèlement, le confinement provoque un engorgement de la diffusion par internet. De nombreux Français se plaignent d’être désormais “en zone blanche ou en zone grise”. Ils n’ont plus de connexion avec leur réseau. Certains se plaignent de cette disparité entre les territoires, d’où l’impérieuse nécessité de maintenir une diffusion TNT de toutes les chaînes de l’audiovisuel public.

Clairement, France Télévisions ne sera donc pas prête pour l’échéance du 9 août. L’application unilatérale de ces décisions pourrait dès lors avoir des conséquences mortifères pour la survie de ces marques du service public. Elles pourraient ne jamais s’en relever. Il y a donc lieu de suspendre la décision de supprimer France 4 et France Ô.

 

Le casse-tête des plannings

par Bruno DEMANGE
Délégué Syndical du réseau France 3
Secrétaire Adjoint du CSE France 3 réseau

S’il y a un domaine où tout a changé en l’espace de 24 heures, c’est bien l’organisation du travail.

Le dimanche 15 mars, alors que les soirées électorales se tiennent quasiment telles qu’initialement prévues, personne n’imagine que, dès le mardi suivant, tous les schémas de la semaine 12 vont être complètement détruits.

Dès le lundi 16 mars, les premiers prémices commencent à se faire sentir. De nombreux salariés font valoir des gardes d’enfants ou des arrêts préventifs pour vulnérabilité. D’autres n’ont pas ces motifs pour se faire arrêter, mais ils ne cachent pas leurs réticences. Et alors même que le second tour est encore d’actualité, les planificateurs doivent passer une bonne partie de ce lundi à tout refaire.

Il y a ensuite les annonces du lundi soir. Plus de second tour, et la décision de confiner la population à compter du mardi midi.

Rien ne va plus

Du côté de l’entreprise, en urgence, des dispositions tombent. Le minimum de salariés sur les sites, ce qui se traduit par un seul plateau et une seule régie au Siège, des journaux “grandes régions” dans le réseau France 3 et des offres mutualisées en Outre-Mer.

Les plannings d’hier soir sont déjà bons à mettre à la poubelle ! Avec une problématique inverse : alors qu’il n’y a pas assez de monde disponible le lundi soir pour assurer toutes les tâches, il y en a beaucoup trop le mardi matin !

De quoi s’arracher les cheveux

Pour les planificateurs, il s’agit de trouver, en urgence, des règles de répartition, afin d’être le plus équitable possible dans le partage des tâches.

Si ce n’est que cela, l’exercice reste encore presque “sympathique”… Mais, histoire de le corser encore davantage, quelques éléments perturbateurs s’invitent à la fête et des cas “suspects” sont annoncés.

  • Qu’est ce qu’un cas suspect ?
  • À partir de quelles caractéristiques les reconnaît-on ?
  • Que fait-on vis à vis de cas “contacts” ? – Et des “contacts de contacts” ?
  • À partir de quand place-t’on les cas suspects en quatorzaine ?
  • Et plus globalement, comment planifier les salariés disponibles mais non retenus pour être sollicités ?

Les planificateurs (et les chefs de service en général) se trouvent “livrés à eux mêmes”. Il y a probablement autant de versions de planning, lors de cette première semaine “de tous les dangers”, qu’il y a de validations des sujets du 20H. Une certitude : les salariés aux affaires ces jours-là ne sont pas prêts de l’oublier.

Et puis, assez vite, tout s’améliore : dès la semaine suivante, les premières directives précises tombent, et les choses deviennent plus claires.

En l’espace de quelques jours, nous avons appris à travailler dans ces conditions exceptionnelles !

 

Si loin, si proches

par Myriam LELORIEUX
Déléguée Syndicale (DS) FO france•tv

 

Un Océan sépare notre petit archipel, Saint-Pierre et Miquelon, de la métropole. Un océan et encore plus aujourd’hui un monde. Il n’y a pour l’instant qu’un seul cas de Coronavirus à Saint-Pierre et Miquelon. Et encore, il est asymptotique. La préfecture met quand même tout en œuvre pour protéger notre territoire de 242 kilomètres 2. Un seul vol depuis le Canada et chaque nouvel arrivant est soumis à une stricte quatorzaine à l’hôtel. Plus de cinéma, ni de compétitions de hockey sur glace… la patinoire est fermée. Et pour cause, notre communauté est si petite (moins de 7000 habitants) et si conviviale que la maladie provoquerait ici des ravages. Raison pour laquelle la population ici est très disciplinée.

Les gendarmes effectuent des contrôles mais les hivers sont tellement rigoureux que la plupart d’entre nous ont une l’habitude d’un certain confinement dans leurs maisons aux intérieurs confortables. Rester chez soi n’a donc pas le caractère insupportable que l’on trouve dans les cités de Seine-Saint-Denis ou les quartiers nord de Marseille.

Le petit hôpital dispose d’une dizaine de lits de réanimation et les cas les plus graves pourraient être évacués au Canada. Nous avons d’excellents échanges très coordonnés avec Terre-neuve.

Notre station Saint-Pierre et Miquelon la 1ère (environ 90 salariés) s’est également adaptée. Aujourd’hui la plupart sont en télétravail. Les infos sont diffusées en radio le matin et à midi. 20H, c’est l’heure de notre journal télévisé réalisé avec des reporters munis de perches et de masques. Impossible de rentrer dans le bâtiment sans se laver les mains avec du gel hydro alcoolique. Une société de nettoyage vient chaque jour désinfecter les salles de montage, la régie et le plateau.

Bref, des réflexes d’entreprise qui ressemblent à ceux des autres stations d’outre-mer, de métropole et du siège. Tout à la fois si loin et si proches… par gros temps.

L’adhésion au temps du confinement

Le meilleur moyen de se faire entendre, quand on est salariés, c’est le syndicat. Le poids de Force Ouvrière (véritable syndicat indépendant) rééquilibre les forces en présence. Il permet ainsi de négocier d’égal à égal, afin d’obtenir ce que vous n’obtiendriez jamais seul. Négociation ou conflit, FO met chaque fois tout son poids dans la balance.

FO intervient pour vous conseiller et vous aider individuellement ou collectivement.
Une seule ligne de conduite : vos droits doivent être reconnus et vos revendications entendues et défendues.

Adhérez, en ligne sur FO france•tv !

Au final, l’adhésion vous aura coûté l’équivalent de 3 baguettes de pain par mois (groupe 4).
Avec l’effet “crédit d’impôt” calculé, 66% de ce que vous aurez versé sera déduit de votre imposition sur le revenu.

Et à la fin du confinement, passez nous voir au bureau R 2811, au 2e étage.

Ce journal a l’agrément de titre de presse du Ministère de la culture et de la communication
Éditeur : FO france•tv 7 Espl. Henri de France 75015 Paris — Directeur de la publication : Océan GRENIER, FTV, 7 Espl. Henri de France 75015 Paris — Rédactrice en chef : Marie-Pierre Courtellemont. Directeur artistique : Olivier Le Clanche. Imprimeur : Créa 3 Com 23 rue de Condé 77165 — CPPAP : 0424 S 08497.
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