Une salissure de plus

A l’image de nos camarades du SNJ, ce sont des excuses profondes, sincères que nous devons d’abord présenter à tous ceux qui portent en eux deux ans après encore, la douleur du meurtre de Dominique Bernard.

Que valent nos excuses au regard du mal qui a été fait à notre entreprise ? 

C’est aussi une salissure de plus sur la sincérité et la rigueur des 1200 personnels de la direction de l’information et de tous les salariés de France Télévisions.

Nos dirigeants peuvent fanfaronner à l’extérieur, parler de » recadrage », ou nous écrire sur « une erreur d’importance », les faits sont là.

En moins d’un an, les fautes de rigueur ont émaillé les antennes.

De « Gaza Riviera » à Dominique Bernard, autant de salissures sur l’exemplarité de notre travail.

Cette exemplarité que nous affichons mais que notre direction met à bas en permanence.

Cette exemplarité dont nous relevons le défi avec abnégation, nous journalistes, techniciens, personnels administratifs et qu’ils piétinent avec sérénité.

Un copié collé ne fait pas une ligne éditoriale.

La faute (qui peut arriver) vient d’abord d’un cruel manque de fondamentaux. 

Parmi ceux-ci, celui de s’attacher à la rigueur des faits, le b a-ba de notre journalisme.

C’est ce cruel manque de rigueur qui a causé la faute, au terme d’une « chaîne d’événements » comme le résume cyniquement le mail de la direction, de se retrouver à l’antenne.

Pas de réflexion, pas de vérification, pas de validation, rien de ce qui fait la fabrique de l’info.

Pas même la « remise en question » nécessaire car l’erreur a été signalée « en direct » à la régie par le présentateur durant le 13h et la direction a littéralement refusé de faire amende honorable à l’antenne à la fin du 13h. 

Elle est belle « la plus stricte vigilance » exigée par la direction.

Les équipes prises en otage.

C’est le manque de rigueur qui a aussi conduit à reproduire l’erreur deux fois.

Après le 13h, sans être alertés par la direction qui a voulu étouffer l’erreur commise au 13h, le 20h a fait un simple copié/collé de la brève.

Et la faute s’est transformée en catastrophe.

Là encore en direct pendant le journal, quand tout le monde a sursauté, la direction aurait tenté de faire machine arrière, de faire un rectificatif en cours de JT.

Mais de rectificatif il n’y a jamais eu.

Qui a donc refusé de faire ce fameux rectificatif à l’antenne ?

Surement pas la rédaction pas plus que les collaborateurs de l’édition.

Qui alors ?

C’est à la direction de le dire.

Et la ligne éditoriale dans tout ça ?

La réflexion sur le sens de nos images, de nos mots ?

La réflexion sur la course effrénée à la production avec toujours moins de moyens. 

Moins de moyens pour réfléchir. 

Moins de moyens pour bien faire.

Pas de ligne éditoriale, pas d’éthique non plus.

L’absence d’éthique, de ligne de conduite.

L’absence d’éthique lisible dans le communiqué de la direction, froid, clinique, sans empathie, seulement préoccupé de sauver sa réputation avec sa « charte du rectificatif ».

Mais sans éthique, comment prétendre jouer un rôle de fédérateur républicain, une télévision publique pour faire nation.

Quand on enchaîne les fautes ainsi comment ne pas se remettre en question profondément ?

Sans ligne de conduite, et sans ligne éditoriale, inutile de chercher à « sécuriser » nos informations, inutile de courir après l’exemplarité, inutile de chercher à démentir nos détracteurs vautours, inutile même de rêver à continuer d’exister.

Mesdames, messieurs de la direction, d’une faute, vous avez fait deux morts.

Un professeur de français assassiné pour la deuxième fois et nous tous, les personnels de France Télévisions.