Lubrizol : au nom de l’info, sécurité zéro !

Les équipes de reportages dépêchées pour couvrir l’incendie de l’usine Lubrizol semblent avoir été envoyées sur le terrain sans qu’aucune consigne de précaution ne leur ait été donnée, ni qu’aucune aucune règle de sécurité ne soit définie.

Après l’incendie de Lubrizol – et alors que les pouvoirs publics confessent leur ignorance sur le degré de toxicité des produits libérés dans l’atmosphère –  de sérieuses questions se posent à France Télévisions  sur les conditions d’envoi des équipes de reportages.

Et pour cause ! A ce jour, nous avons répertorié parmi ces équipes au moins six cas de journalistes ou techniciens qui ont présenté divers symptômes liés de toute évidence aux émanations toxiques de l’usine rouennaise (irritations, maux de têtes, vertiges, vomissements…).

La direction de France Télévisions ne prend pas l’affaire à la légère puisque des consignes ont été données au cabinet médical de TFV pour que soient accueillis et pris en charge à leur retour tous les membres des équipes envoyées couvrir l’incendie et ses suites.

Il n’en reste pas moins que l’on peut légitimement s’interroger sur les conditions dans lesquelles se sont effectués les départs desdites équipes et leur gestion sur le terrain.

Selon les témoignages que nous avons recueillis auprès de plusieurs des journalistes et techniciens envoyés à Rouen, aucune consigne de sécurité n’a été donnée aux rédacteurs, JRI et techniciens alors qu’il s’agissait de l’incendie d’un site dangereux classé Seveso.

Les premiers départs ont eu lieu dès les premières heures de la matinée dans la plus grande précipitation avec pour seul mot d’ordre de “foncer pour être en mesure d’alimenter en images et en réactions les éditions de la mi-journée.

Hormis des recommandations habituelles de prudence, d’ordre très général, aucune mesure ni précaution particulière n’ont été évoquées concernant le risque d’exposition aux produits toxiques qui n’allait pas manquer de se présenter.

Les plus chanceux ont trouvé, dans le matériel fourni par le magasin, des masques de protection. Mais plusieurs personnes nous ont indiqué n’avoir jamais été informées de la présence de ces masques et encore moins de leurs règles d’utilisation.

Fallait-il les porter en permanence, en cas d’odeur suspecte, de fumée…? Aucune notice n’accompagnait ce matériel ce qui le rendait pour le moins inopérant.

De fait, aucun membre des équipes de reportage que nous avons pu interroger n’a utilisé ces masques de protection.

Après vérification, nous avons pu constater la présence d’une notice d’utilisation de masques de protection… placardée dans le couloir du magasin de France Télévisions. Elle précise qu’il faut tester et ajuster le masque … avant le départ en reportage!

Dans ces conditions, il est loin d’être certain que toutes les équipes de reportages envoyées à Rouen ont eu l’opportunité de prendre connaissances de ces consignes.

Au surplus, il semble que cette notice, placardée à l’occasion du mouvement des “Gilets Jaunes”, ne soit celle d’un autre modèle de masque destiné à se protéger uniquement des gaz lacrymogènes.

On pourrait sourire de cette improvisation en remerciant le ciel qu’aucun blessé grave n’ait été à déplorer. 

Mais ce manque de rigueur dans l’organisation de la couverture d’un tel événement  ne peut  manquer de susciter de notre part des interrogations.

La course à l’info ne peut se faire au détriment de la sécurité, d’autant qu’on ignore encore aujourd’hui à quels composants chimiques les équipes de reportages ont été exposée et que certains produits toxiques utilisés dans l’industrie peuvent avoir des effets nocifs sur plusieurs années.

Le syndicat Force Ouvrière souhaiterait savoir:

– Si la direction de France Télévisions a établi la liste complète des personnels des rédactions régionales et nationales envoyées sur le terrain couvrir l’incendie de l’usine de Lubrizol.

– Si la direction de France Télévisions a pris contact avec chacun de ces salariés pour évaluer de manière précise et objective la manifestation d’éventuels symptômes.

– Si les observations de ces salariés ont été consignées par écrit.

– Quelles mesures la direction de France Télévisions entend prendre pour assurer sur le long terme le suivi du cas  de ces salariés et la conservation des documents attestants du risque auquel ils ont été exposés.

Plus largement, le syndicat Force Ouvrière souhaiterait que cette affaire soit l’occasion d’une vaste concertation afin de mieux définir les règles de sécurité dans la couverture de ce type d’événement.

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