Harcèlement à la rédaction numérique de franceinfo: – Et maintenant, la parole est à la défense.

La direction de l’information de france.tv a donc décidé vendredi dernier de se séparer de l’ensemble du « Boys Band » de la rédaction numérique de franceinfo:. Elle a envoyé une communication hier à l’ensemble des salariés pour annoncer « la fin de collaboration pour des faits avérés » du rédacteur en chef et du rédacteur en chef adjoint.

Ces sanctions interviennent après les révélations d’une enquête du journal Libération du 5 avril dernier : 3 salariés de franceinfo: sont accusés, à des degrés divers, de harcèlement et de comportements sexistes inappropriés envers les collègues femmes du service, notamment des étudiantes alternantes. Le quotidien fait aussi référence à « la ligue du LOL ».

Le sujet est d’autant plus sensible que le site internet de franceinfo: est devenu en quelques années l’un des sites d’informations les plus consultés en France, grâce à « une organisation de travail, jeune, innovante et performante » comme s’en vantait il y a quelques années la direction.

Pour FO le harcèlement sexuel est intolérable et doit être sévèrement puni.

La direction a justement réagi le 8 avril : «Nous avons été informés au mois de février de rumeurs concernant des comportements inappropriés dans la rédaction du site franceinfo: Nous avons immédiatement mené une enquête et lancé une procédure RH. Au terme de cette procédure, la direction a décidé d’appliquer des sanctions disciplinaires à l’égard de trois collaborateurs : une rupture de contrat de travail pour comportements inappropriés et deux mises à pied pour des manquements dans la réaction hiérarchique».

La presse s’emballe. On fait le « buzz » autour de cette affaire. Le directeur de l’information face à de nouvelles révélations et témoignages réclame alors la poursuite de l’enquête interne. Elle est confiée à un cabinet extérieur « indépendant ».

C’est suite à ce rapport que la direction de l’information a donc décidé, après une mise-à-pied de 3 semaines sans salaire, de licencier les deux cadres journalistes concernés. L’un pour « faute simple », l’autre pour « insuffisance professionnelle ». Il s’agit apparemment là d’une double sanction pour des même faits, ce qui est totalement interdit par la Loi.

Chacun pourra remarquer : étrangement pour l’instant la parole des « prévenus » n’a pas été entendue.

Car la réponse des « Ressources Humaines » de FTV est cinglante à celui qui réclame la constitution d’un conseil de discipline pour « pouvoir se défendre » face aux torrents de haine et aux fausses accusations dont il se dit victime : « il n’y a aucune faute qui vous est reprochée, il ne s’agit pas d’une sanction disciplinaire mais d’une décision,  il n’est donc pas possible de saisir le conseil de discipline ! ».

Depuis le départ de cette affaire les consignes de la direction générale sont claires face aux présumés coupables : « ayez confiance en nous » ; « pas de vagues » ; « pas la peine de prévenir les syndicats » ; « vous allez voir, on va régler ça bien ». La direction aurait-elle subit des pressions ou aurait-elle décidé de trahir son encadrement et ses collaborateurs journalistes ? Veut-elle faire payer des lampistes en protégeant d’autres responsables ? Car effectivement s’il a été dans l’objectif légitime de la direction de protéger les victimes, il semble que la parole des accusés n’ait pas été entendue.

En écartant les organisations syndicales qui jouent un rôle de dialogue et de médiation dans l’entreprise, la direction a prononcé des sentences sans appel et sans éclaircissements. Elle s’est retrouvée dans une impasse qui ne le lui permettait de toute façon pas un retour des salariés dans l’entreprise. Elle a donc failli.

D’ailleurs, les droits de la défense ont-ils été respectés ? Il n’y a eu aucun débat contradictoire organisé par la direction y compris au CSE…

C’est seulement sur la foi du rapport du cabinet extérieur que ces licenciements ont été prononcés sur « des faits nouveaux ». Pourtant, la direction refuse d’en donner les conclusions aux personnes concernées et aux organisations syndicales. Étrangement, elle considère que la « décision » finale du licenciement ne relève pas de la faute, pour au moins un des deux protagonistes dont le nom a pourtant été voué aux gémonies. Ce père de famille, marié, se retrouve donc accusé de « harcèlement » (pas facile de retrouver un travail avec cette étiquette sur le dos) alors qu’il n’a officiellement commis aucune faute, paradoxe absurde non ?

Il ne reste donc que la voie judiciaire pour demander réparation si un licenciement abusif était prononcé (une sorte de coutume à France Télévisions…). De même, les défenseurs vont réclamer la désanonymisation des témoignages contre eux afin si cela est nécessaire de se retourner contre « les dénonciations calomnieuses ».

Et tous ces imbroglios pour quoi ? La situation à la rédaction numérique de franceinfo: va-t-elle vraiment s’améliorer après la gestion calamiteuse de cette affaire par la direction ? Le collectif ne va-t-il pas se scinder en deux, entre les pour et les contre ? Finalement, au lieu de régler les problèmes dans la transparence, la direction ne va-t-elle pas fragiliser le service en diffusant le virus de la suspicion entre les salariés ? Mais pire, en communiquant dans la Presse et à l’ensemble de l’entreprise sur ces licenciements ; en jetant à la vindicte le nom des personnes par des fuites organisées ; en amalgamant sanctions et décisions sur une affaire aussi grave ; en accusant « de nouveaux faits avérés » mais sans aucune explication ; la direction ne se rend-t-elle pas coupable de pratiques qu’elle dénonce elle-même : le harcèlement ?

Car si nous savons déjà que les accusations d’appartenance à la Ligue du LOL sont tombées et sont infondées comme d’autres accusations de Libération d’ailleurs (qui aura pourtant eu la peau de nos confrères), la pire situation qui pourrait arriver pour l’image de France.tv c’est qu’elle ait injustement et lourdement sanctionné des salariés pour répondre à une mode, une doxa ou… un article. L’avenir nous le dira ; l’injustice et la calomnie aussi se sanctionnent.

Les responsables de ces hara-kiris de nos services devront prendre leurs responsabilités en cas d’erreur. Car dans cette grande maison, des cadres condamnés pour harcèlement poursuivent pourtant leurs activités sans que l’entreprise n’ait mis fin à leurs collaborations. Existe-t-il une échelle de valeurs ? De même, si par ces licenciements, il s’agit simplement de répondre à la « perte de confiance des collaborateurs de la rédaction numérique envers leurs managers » puisque c’est le reproche principal de la direction de l’information envers les condamnés, il faudra aussi que des directeurs qui sont eux sous le joug d’une (ou de plusieurs) motion de défiance appliquent à eux-mêmes ce qu’ils sont capables d’appliquer aux autres.

En attendant, FO réclame la restitution du rapport indépendant aux élus du CSE, il faut « faire jaillir la vérité » y compris sur les organisations de travail. Cette entreprise doit agir dans la transparence et le respect des droits de chacun. C’est le seul moyen pour la direction de l’information, dans la confiance de ses collaborateurs, de « reconstruire le collectif » qui est aujourd’hui en loques.

 

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