Annus horribilis

Au beau milieu de l’été, en pleine affaire Benalla, le couperet est tombé. Dans un communiqué envoyé par Matignon, le Gouvernement a officialisé sa feuille de route concernant la transformation de l’audiovisuel public en annonçant un plan drastique d’économie de l’ordre de 190 millions d’euros d’ici à 2022. Ce plan intervient après plusieurs autres plans de restructuration qui ne sont même pas encore achevés.

C’est France Télévisions qui devra réaliser la majeure partie de ces économies : officiellement 160 millions d’euros sur la période, dont 35 millions d’euros sur le budget 2019. En réalité, c’est davantage car l’entreprise doit aussi trouver en interne des moyens pour financer un plan d’investissement concernant le numérique pour 120 M€.

Dans le même temps, le rapprochement entre France 3 et France Bleu doit passer par « des coopérations beaucoup plus étroites » qui vise à mutualiser les moyens financiers et humains.

Enfin, les objectifs de – 500 postes du précèdent plan du Contrat d’Objectifs se cumulent à cette déstructuration. Au total, c’est une économie d’environ 340 M€ qui est demandé à France Télévisions.

Évidemment, il est exigé de France Télévisions de maintenir les investissements obligatoires dans la production privée à hauteur de 560 M€/an. Interdit de toucher à cette enveloppe pour partager ou harmoniser les réductions budgétaires.

Le Gouvernement a également acté la disparition de France Ô pour qui la mission de promotion de la diversité ne semble pas être une priorité, et celle de France 4 (déjà annoncée en juin). Les canaux 14 et 19 de la TNT vont donc être abandonnés.

Le résultat de l’équation posé par notre actionnaire public est très simple, n’y allons pas par quatre chemins : il y aura sans doute un plan social pour France Télévisions auquel FO s’opposera de toute ses forces.

D’ailleurs, dès le départ, l’objectif du Gouvernement  était clair, mettre à genoux les salariés de France Télévisions. Nous allons devoir payer notre indépendance, notre impertinence et aussi les préjugés : « trop payés », « trop fainéants », « trop vieux », « trop ringards», nous sommes « la honte » du service public.

Quelle forme prendra ce probable plan de départ des salariés de FTV, quelle sera son ampleur et comment sera-t-il financé sachant que FTV n’a plus un sou en poche, ce sont les véritables questions de cette rentrée ? Un plan de départ volontaire, un plan de départ volontaire à la retraite ou carrément un PSE avec des licenciements secs ; toutes les hypothèses sont permises. Néanmoins sachant que les parlementaires considèrent que les deux précédents plans de suppression de postes ont été « des échecs », (un PDVR sous l’ère Carolis, puis un PDV sous l’ère Pflimlin avec un total de – 650 emplois), il semblerait que l’option « licenciements secs », y compris dans un service public, ne soit plus un tabou.

Ce plan pourrait aller bien plus loin que le seul fait de ne répondre qu’à des difficultés économiques. Il viserait à renouveler en profondeur un personnel considéré comme « vieillissant » et dans l’incapacité de prendre le virage du numérique. Il viserait aussi à ne plus laisser le choix à des salariés qui désirent prendre leurs retraites à 70 ans.

Selon nos informations, la direction s’intéresserait actuellement très fortement aux personnels de + de 58 ans qui n’auraient plus d’enfant à charge…

Notons qu’un plan social sourd a déjà commencé pour les personnels intermittents du spectacle ou les pigistes : leurs contrats se sont subitement arrêtés pendant l’été provocant des situations sociales dramatiques. Il est prévu au niveau national de « renégocier l’assurance chômage », et de rediscuter de la pertinence des annexes 8 et 10. C’est tout le régime des intermittents qui se retrouve en danger.

L’annus horribilis ne s’arrêtera pas là pour les salariés de France Télévisions. Il y a fort à parier que la direction veuille renégocier très vite l’accord collectif d’entreprise jugé trop favorable aux salariés. En ligne de mire, le nombre de jours de congés des journalistes et l’évolution salariale et la productivité de l’entreprise.

Dans le même temps, le Gouvernement va plancher sur une fusion des Branches professionnelles. Intégrer France Télévisions dans une Branche où se retrouveraient les télévisions locales et privées est une vieille lubie, mais l’idée pourrait vite refaire son apparition pour déstructurer encore davantage les soi-disant acquis sociaux des personnels de France Télévisions.

Face à toutes ces attaques de notre entreprise, le syndicat sera le SEUL moyen de résistance des salariés.

Car il faut bien le constater, les politiques de tous bords sont trop occupés à gérer leurs propres intérêts électoralistes, ils sont dans la démagogie la plus totale. Ils parlent et décident pour cette entreprise sans en connaître sa culture, ses rouages, et ses missions. Et en dépit des bonnes audiences et de la qualité de programmes des chaînes du groupe

Nous demandons donc à la direction de France Télévisions de communiquer rapidement à l’ensemble du personnel son projet stratégique suite à l’annonce de ces économies drastiques.

Force Ouvrière sera un rempart, nous ne laisserons pas faire la destruction de notre entreprise sans rien dire. Car FO est au côté des familles, au côté des travailleurs. Nous serons toujours fidèles aux salariés ; s’il faut des actions fortes, elles le seront. A bon entendeur.

 

 

Lire aussi...