Nos organisations syndicales, CGT, CFDT, FO, SNJ, ont validé le déploiement des nouvelles pratiques professionnelles liées à la production de vidéos pour le numérique. Quel est le cadre et quelles sont les garanties ? Nous vous expliquons tout.
Pourquoi un accord était nécessaire ?
Le paysage de la consommation d’information a profondément changé. Les réseaux sociaux sont devenus, vous le savez sûrement, pour une part croissante du public et notamment les plus jeunes, un point d’entrée vers l’actualité. France Télévisions, en tant que service public, a l’ambition d’être présent là où se forment les usages, pour y apporter une information de qualité, vérifiée, contextualisée.
C’est ce qui justifie, selon nous, le développement de ces nouvelles pratiques, à condition qu’elles soient exercées dans un cadre professionnel et protecteur pour les salariés. L’accord comporte deux volets.
Premier volet : un avenant à l’accord d’expérimentation sur la chaîne de fabrication de vidéos à destination des plateformes numériques au sein du réseau régional France 3
Cet accord, signé par la CGT, la CFDT, FO et le SNJ, organise le déploiement du projet de vidéos numériques dans le réseau régional, principalement verticales, en l’étendant à l’ensemble du réseau France 3.
Il généralise ainsi les pratiques issues de l’expérimentation conduite pendant plusieurs mois dans quatre régions.
Il définit les différents types de vidéos verticales, leurs modes de captation et de post-production, y compris avec monteur et opérateur de prise de vue lorsque la nature du sujet le requiert. Le passage au montage et au mixage (donc avec monteur et OPS au mixage) reste tout à fait possible en fonction de la complexité du projet. Car la qualité est aussi ce qui fera la différence, en particulier sur les formats les plus longs.
L’accord comporte également des engagements fermes sur les effectifs : passage à deux chargés d’édition numérique par antenne d’ici juin 2027, renforcement concret qui allège la charge pesant sur les équipes et améliore les conditions d’exercice de ces nouvelles missions.
Seuls les journalistes sont habilités à traiter les sujets relevant de l’information et, point important, le volontariat reste la règle. Toute personne qui pratique pourra donc en sortir moyennant un délai de prévenance d’un mois. Un dispositif important en cas de conditions de travail dégradées.
Second volet : un avenant à l’accord de l’utilisation UTS (Unité de Tournage Smartphone)
Cet accord a été signé par la CGT, la CFDT et FO[1]. Il s’agit de l’extension de l’accord UTS initial à de nouveaux métiers sur le numérique uniquement.
Il s’applique à toute l’entreprise etpose en premier lieu un principe fondamental : l’information reste le domaine exclusif des journalistes, dans le respect de leur déontologie.
Il précise également que les technicien·nes participent à la fabrication de l’information conformément à leur fiche de poste. Les métiers sont ainsi respectés, l’avenant établissant une distinction claire entre ce qui relève de l’information, des programmes et de la communication – une ligne de démarcation essentielle pour éviter les glissements de périmètre et protéger l’identité professionnelle de chacun.
Une autre évolution importante est que, pour l’information, les rédacteurs et rédactrices pourront, sur le numérique exclusivement, pratiquer l’UTS. Les contenus générés seront diffusés sur les réseaux sociaux et ne pourront pas être repris pour des diffusions linéaires, sauf cas de force majeur lié à un événement exceptionnel.
D’autres métiers pourront également pratiquer pour les programmes et la communication, sur le numérique, selon des règles inscrites en annexe (voir en annexe de cet accord ci-dessous).
Appel à la vigilance
Signer ces évolutions ne signifie pas que tout est réglé. Les pratiques non conformes à l’accord sont évidemment proscrites et nous serons collectivement vigilants.
Par ailleurs, d’autres points nécessitent d’être suivis afin de s’assurer du respect de l’accord : la remise à niveau technique des UTS dans chaque antenne, une formation suffisante et en présentiel des volontaires, les conditions de travail des chargés d’édition numériques, des rédacteur·trices en chef en charge du numérique, des journalistes et de tout autre volontaire habilité, la réflexion éditoriale et stratégique sur nos contenus numériques, le respect effectif des échéances sur les postes de chargés d’édition numérique. Un suivi régulier sera fait dans les instances (IP et CSE).
Ces évolutions vont permettre une montée en puissance majeure de l’information sur les réseaux sociaux. La méthode de l’expérimentation a prouvé son efficacité. Certes, cela nécessite de prendre du temps mais démontre que dénoncer brutalement l’accord collectif n’était pas la meilleure idée de la Présidente de France Télévisions.
Cet accord sera aussi un point d’appui pour les négociations de l’accord collectif sur les métiers et les pratiques professionnelles. La dérégulation tous azimuts n’est pas un projet, seul un encadrement clair et partagé des pratiques, une réflexion sur le fond et la forme, permettront de construire un cadre social de haut niveau pour les salariés de France Télévisions.
[1] (*) le SNJ n’a pas de désaccord de fond avec le contenu de l’avenant à durée déterminée sur les UTS. N’étant pas signataire de l’accord initial du texte rédigé en 2021 il ne souhaite cependant pas le ratifier à ce stade, et travaillera avec les autres syndicats à la définition d’une solution pérenne sur ce sujet dans le cadre de la négociation de l’accord de substitution à l’accord du 28 mai 2013.
