France•3 Normandie
la rédaction en chef de Caen pratique l’autocensure pour plaire au pouvoir politique

Mardi 24 octobre, la rédaction en chef de Caen retire un article du web relatif à un projet d’implantation d’éoliennes sur une communauté de 23 communes du Calvados. Le journaliste, auteur de l’article, habite sur le territoire en question et a assisté à une réunion publique sur un temps privé qui, faut-il le rappeler, est protégé par le droit français.

L’article, dont le titre a été rédigé par la rédaction en chef de permanence, a été validé deux fois et publié (y compris sur les réseaux sociaux qui ne permettent aucune retouche) par l’encadrement. Dans cet article, le journaliste relate ce qu’il a observé, c’est-à-dire une opposition au projet par une grande majorité des habitants devant une argumentation obscure, non maîtrisée et donc peu convaincante de la communauté de communes. Son représentant, par un écrit au rédacteur en chef, obtient le retrait de l’article sine die en arguant du fait que le journaliste est partie prenante dans cette opposition. L’auteur n’en est pas averti.

Un journaliste est aussi citoyen. Il a le droit de s’interroger sur les conséquences économiques, environnementales et de santé publique d’une politique énergétique sur le territoire où il vit.
Le journaliste n’a donc fait que son travail : observer une situation, la contextualiser, la hiérarchiser au regard de la diversité des opinions exprimées, pour la retranscrire dans un souci d’équité selon sa conviction et sa conscience professionnelle qui sont les fondamentaux de la charte d’éthique de la profession.

En revanche, face au pouvoir politique, le rédacteur en chef, tétanisé, a pratiqué l’autocensure, une grave dérive professionnelle selon le code de déontologie. Il ne s’est pas soucié davantage du fond du problème et du soutien qu’il se devait d’apporter à son journaliste en pareille situation, et qui s’était rendu immédiatement dans son bureau pour demander des explications suite au retrait de l’article. Il s’est entendu dire en martelant: tu étais dans cette réunion publique et tu vis dans le secteur !.. Un journaliste habitant à Caen ne pourrait-il plus demain traiter des affaires publiques de sa ville sous prétexte qu’il y vit et qu’il y vote ?

Les réactions du public n’ont pas tardé, criant à une presse verrouillée, inféodée au pouvoir en place. Inadmissible pour un média de service public soi-disant libre et indépendant, ont clamé de nombreux habitants. France•3 Normandie en a pris pour son grade !
Certes, un nouvel article a été publié précipitamment pour donner satisfaction au président de la communauté de communes. L’urgence l’emportant sur le sérieux de l’enquête, l’article a été rédigé de façon convenue et éloignée de l’atmosphère réelle du terrain, par une stagiaire depuis son bureau.

A FO, nous considérons que l’autocensure est une faiblesse, un manque d’indépendance éditoriale, une entrave à la liberté de la presse face au pouvoir politique.
Nous demandons un droit de suite par la remise en ligne du reportage censuré afin que le public ait droit à une information de qualité, complète, libre, indépendante et pluraliste rappelée dans la Déclaration des droits de l’homme et de la Constitution française. Cette responsabilité vis-à-vis-du citoyen prime sur tout autre.