Newen racheté par TF1, le début de la fin des décrets Tasca ?

La vente de 70% de la société de production Newen a été confirmée ce lundi 9 novembre.

Cette société fournit de nombreuses émissions à France Télévisions, telles que « Faites entrer l’accusé », « Des racines et des ailes », « Les Maternelles », « le Magazine de la Santé »… ainsi que le feuilleton phare de France 3 « Plus belle la Vie » ou les activités de l’agence CAPA.

TF1 Newen

Ce mastodonte de la production audiovisuelle, numéro 3 du marché français, était à vendre depuis plusieurs mois. Un groupe anglais était intéressé, avant qu’il ne se désiste.

Et jusque là, personne n’avait trouvé à redire.

TF1 devient, de fait, un fournisseur de programmes pour les chaînes de France TV… et d’importantes ressources publiques contribuant à l’essentiel du coût de ces programmes vont désormais tomber dans l’escarcelle du concurrent privé…

Le groupe privé étant l’acquéreur, il va bénéficier d’informations privilégiées concernant nos grilles de programmes. Force Ouvrière entend toutefois ce qui se dit à ce sujet du côté de TF1.

Les objectifs semblent clairs :

  • que la première chaîne européenne puisse être dotée d’une structure importante “pour se développer à l’international”
  • que le groupe puisse se diversifier, pour ne pas rester sur un modèle économique 100% publicitaire
  • qu’il puisse ainsi concurrencer des acteurs tels que Netflix, Amazon, ou YouTube.

Au vu de ce qu’il se dit, l’intention de TF1 dans cette démarche n’est pas de s’accaparer des contenus actuellement diffusés sur le service public. Cette semaine, le PDG de la chaîne l’a d’ailleurs confirmé : « mon projet n’est pas de piller les clients de Newen, ça n’aurait aucun sens » a-t-il déclaré, avant d’ajouter que les programmes de Newen « n’avaient pas grand-chose à voir avec les lignes éditoriales de TFI ».

FO entend aussi l’inquiétude de personnels : notamment les auteurs du feuilleton « Plus belle la vie », qui ont exprimé la semaine dernière leur désir que le feuilleton « reste » sur France 3.

Alors que le contrat entre le producteur et le diffuseur s’achève fin 2016, qu’en sera t-il ?

Notre syndicat entend aussi les inquiétudes des salariés des sociétés Néria Presse, 17 Juin Média, et Capa Presse. Après avoir découvert le projet par les journaux, le 29 octobre dernier, ils souhaitent rappeler, eux aussi, « leur attachement au service public, avec lequel ils ont tissé des liens de confiance depuis de nombreuses années ». Ils redoutent que le projet menace la pérennité des productions diffusées sur France TV et sur les autres groupes audiovisuels. Ils redoutent les conséquences en termes d’emploi.

Le seul commentaire aujourd’hui au sein de la direction du groupe public est : « pour le moment, le problème reste entier ».

La présidente Delphine Ernotte Cunci déclarait il y a quelques jours à ce sujet : « l’argent de la redevance ne doit pas servir de rente à des diffuseurs privés ».

Plus largement, Force Ouvrière regrette fortement que France Télévisions ne se soit pas porté acquéreur de Newen. Avec deux tiers de l’activité du producteur pour les chaînes du groupe public, cela aurait pu permettre une réinternalisation d’une partie des programmes.

Force Ouvrière retient en tous cas que ce rachat constitue une première brèche dans l’esprit des décrets Tasca. Ce rachat va modifier les équilibres actuels, au profit de grands monopoles de producteurs indépendants.

Dans le cas du feuilleton « Plus belle la Vie » par exemple, France Télévisions ne bénéficie d’aucun droit, alors que le service public le finance à 70%.

Si, demain, les diffuseurs devenaient co-propriétaires de leurs œuvres, au pourcentage de leurs investissements ? L’idée serait bonne, alors que la question de l’équilibre du budget de l’audiovisuel public n’est toujours pas réglée, et que le déficit persiste par un sous-financement de l’Etat.

Le syndicat Force Ouvrière va s’engager dans la défense du financement pérenne et à la hauteur des missions du service public pour l’abrogation des décrets Tasca.

Related posts

Leave a Comment