Méfions-nous de la réforme de l’audiovisuel public qui dort…

Ceux qui pensent que nous allons passer au travers des gouttes se leurrent. Après le droit du travail, les formations, les chemins de fer, ce sera le tour de l’audiovisuel public et de France Télévisions.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, qui avait qualifié selon des députés LREM « de honte de la République » l’audiovisuel public, ne cache plus son exaspération de ne pas voir avancer ce dossier.

Promis en janvier, puis remis au premier trimestre de cette année, le calendrier de la réforme s’est détendu jusqu’au second semestre.

Trop lourds, trop coûteux, des salaires trop élevés, des cadres trop nombreux…. L’angle d’attaque favori des pourfendeurs de l’audiovisuel public se situe incontestablement dans son financement. Avec l’arrivée de ce gouvernement, c’est une logique libérale de marché qui s’impose. Résultat, les attaques sur le coût de structure de France Télévisions sont désormais quotidiennes.

La stratégie des différentes tutelles est toujours la même afin de préparer l’opinion publique au big bang : distiller des informations au compte-gouttes dans la presse ; dire « qu’il s’agit de documents de travail, que rien n’est officiel », mais ne jamais démentir.

Nous pouvons déjà reconstituer le puzzle de ce qui attend les salariés de France Télévisions :

  • Sur France 2, dans Entretien Spécial, Emmanuel Macron déclare : « Il y a beaucoup d’argent dans l’audiovisuel public qui est de très loin, pour l’Etat, le premier budget de la culture ».
  • Les Echos annoncent mi-avril: « Une économie s’élevant à 500 millions d’€ d’ici 2022 » dont la majeure partie incomberait à France Télévisions, soit 13 % d’un budget total alloué par l’État de 3,9 milliards d’euros. Est-ce que cela signifierait un probable plan social pour l’entreprise d’environ 400 à 500 postes en plus des 500 déjà actés ?
  • Le Monde qui s’est procuré la contribution au Comité d’action publique 2022 déclare que l’Etat souhaite « Regrouper France Télévisions, Radio France (…) mais aussi supprimer France Ô, et cantonner France 4 sur le numérique ».
  • Libération rappelle que « La dénonciation du nombre pléthorique de cadres à France Télévisions est une vieille chanson, régulièrement entonnée par les adversaires de l’audiovisuel public. »
  • Le Nouvel Economiste explique que parmi les pistes de réforme, il est de plus en plus question d’ « un rapprochement étroit entre quatre acteurs de l’audiovisuel aboutissant à un seul conseil d’administration et un seul président nommé par ce même conseil, dans lequel serait bien entendu représenté l’État-actionnaire ».
  • Ouest France nous remémore que « c’était, bien qu’assez discrètement, annoncé dans le programme d’Emmanuel Macron, pendant la campagne présidentielle, que de faire évoluer l’organisation, le fonctionnement et la gouvernance » des médias de l’audiovisuel public.
  • Enfin dernièrement le Journal du Dimanche annonce « En septembre, des journaux communs France 3-France Bleu dans 8 villes de France » avec des journalistes de France Bleu et les moyens techniques de France 3.

Pour couronner le tout, Takis Candilis, le n°2 de France Télévisions qui participait ce lundi à la conférence de rédaction de « Tout le sport » a déclaré devant les salariés : « L’État va mal et nous demande des efforts financiers encore plus importants à commencer par la suppression d’une chaîne au 28 mai prochain ».

Bref, la réforme audiovisuelle s’annonce dogmatique et sans cohérence. Elle va fragiliser des équilibres. Mais surtout, en dehors des fuites savamment organisées dans la presse, elle n’est absolument pas discutée par les organisations syndicales. C’est devenu un principe de ce gouvernement : ne pas dialoguer sous prétexte d’avoir la légitimité du peuple.

La direction non plus n’ouvre pas le débat. Elle fera mine que cela tombe de la lune.

Nous prévoyons donc beaucoup de drames et de larmes. C’est d’autant plus injuste qu’un récent sondage de l’IFOP démontre que les téléspectateurs plébiscitent les chaînes de service public : 87% des personnes interrogées ont une bonne image de l’audiovisuel public.

Nous espérons que face aux injonctions actuelles de l’Etat, la direction saura défendre les intérêts de notre entreprise, du service public, et des téléspectateurs. C’est son rôle.

Les salariés peuvent déjà compter sur Force Ouvrière pour les protéger et les défendre dans la tempête qui s’annonce. Tenons-nous bien au bastingage, cela va secouer…

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