Liminaire FO au CCE de France Télévisions : A chacun sa stratégie

Madame La Présidente ! Aujourd’hui, vous venez avec votre stratégie, c’est la vôtre !

Il n’est pas question pour nous de la suivre forcément…

Mais aujourd’hui avec Force Ouvrière, nous venons aussi avec notre stratégie : nous allons l’exposer.

Force Ouvrière est un syndicat ouvrier. Et même si pour de nombreuses personnes le mot « ouvrier » est un mot tabou, nous considérons à FO que nous sommes tous des ouvriers : cadres, PTA, journalistes, CDI ou CDD.

Ce n’est pas parce que la société veut nous faire croire qu’il n’y a plus de classe « ouvrière » (remplacée par ce que nous appelons communément « des employés »), qu’il n’y a plus des « classes » et que la vision du Patronat et des représentants des ouvriers se rejoignent. C’est bien tout le contraire, nous avons une autre conception du progrès social et nous ne sommes pas dupes du modèle de société qu’on nous propose.

Etienne Chouard, Professeur de Droit et d’Economie, l’explique. Le patronat et les hommes politiques d’aujourd’hui servent d’abord leurs intérêts. Et d’ailleurs, tout se passe à merveille  pour eux : le chômage est à un niveau qui permet de faire du chantage aux ouvriers en leur expliquant qu’on ne peut pas les payer d’avantage. La Sécurité Sociale est détricotée. Dans le même temps, 1% de la population mondiale détient 99% de la richesse mondiale. Une richesse en augmentation. Pourquoi voulez-vous changer la donne ? Tout est sous contrôle ! Les banquiers sont exemptés de droit et peuvent tout se permettre, même celui de se présenter à des élections présidentielles. Pourquoi les banques achètent Libération, Le Monde. Pourquoi, le Crédit Mutuel achète le quart Nord-Est de la presse quotidienne et régionale (PQR) ? Pourquoi l’Etat met-il tant de temps à s’occuper de France Télévisions au travers d’un Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM), si ce n’est pour servir d’abord les intérêts de ses représentants qui ne sont pas forcément ceux des salariés.

C’est pour gagner les élections évidemment ! Ce que veulent les hommes politiques avec notre télévision c’est se voir !

Ils ont compris qu’en passant à la télévision et notamment à France Télévisions de droite ou de gauche, ils pouvaient se faire élire pour servir leurs propres intérêts. Mais qu’en est-il des intérêts du peuple ?

C’est pour cette raison que Force Ouvrière se bat encore aujourd’hui pour le retrait de la Loi El Khomri, que FO s’est battu contre la Loi Rebsamen, l’ANI, qui ne sont que des régressions sociales et dont nous verrons les effets néfastes ici-même lorsque vous annoncerez le fatidique mot « info-consultations » et qu’à ce moment-là, le chronomètre de votre mise en œuvre commencera, sans que nous puissions réellement inverser la tendance de vos choix, si ce n’est par le rapport de force auquel on nous contraint encore et toujours. Les organisations qui ont collaboré aux reculs sociaux et démocratiques ont des responsabilités lourdes. Mais chacun sait socialement qu’aujourd’hui on cherche plutôt des maîtres que de voter des lois pour et en faveur du peuple. Sans doute le besoin de protection, dans un monde qu’on nous décrit en crise, mais qui a toujours été en crise depuis qu’il existe.

C’est pourquoi Force Ouvrière s’élève contre la Réforme Territoriale : une hérésie démocratique que nient les peuples, l’histoire et les identités françaises. C’est tellement vrai que le congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe a condamné la France par 143 voix (et seulement 2 contre) pour violation de la charte européenne en fusionnant les régions sans consultation ni concertation. Le Congrès invite à revoir le processus des consultations des représentants directs dans les collectivités locales et régionales. Il est d’ailleurs étrange que la presse nationale, y compris à France Télévisions, ne se soit pas emparée de ce sujet. Mais sans doute n’était–ce pas dans l’intérêt de beaucoup ? Dans ces conditions, comment être favorable, à un redécoupage des antennes de France Télévisions que nous ne souhaitons pas et que nous ne voulons pas, car les nouvelles régions nient ostensiblement les peuples et les populations diverses qui les composent. Le dessein nationaliste est toujours le même : une recentralisation à outrance des pouvoirs et des moyens.

Au contraire de notre côté, nous pensons, surtout en terme d’information et de programmes que la proximité c’est moderne ! Qu’il faut coller éditorialement à notre public. Que la pertinence éditoriale de notre mission de service public peut-être une région, une langue vernaculaire, une ville, et même le quartier d’une ville.

Pour le faire, France Télévisions doit avoir les moyens financiers pérennes et en augmentation et doit redonner une visibilité claire à ses chaînes :

  • France 2 : chaîne généraliste d’intérêt national
  • France 3 et les 1ères Outremers : chaîne régionale de proximité
  • France 4 : chaîne des nouvelles écritures et de la jeunesse
  • France 5 : chaîne des savoirs et de la science
  • France Ô : chaîne des identités culturelles des outremers, c’est la vitrine des outremers de l’Hexagone
  • France Info : la chaîne d’info sur tous les supports du service public

Un budget pérenne, ça veut dire quoi ? Ça veut dire le retour à la publicité après 20 heures, ça veut dire une redevance en hausse. C’est l’inverse qui est proposé.

De même, pour réaliser correctement nos missions, il faut maintenant l’emploi, c’est notre priorité ! Pour cela, vous devez vous en engager dans un pacte de production qui donne la priorité aux personnels de France Télévisions. Nous avons les moyens, l’expérience, l’envie, le savoir-faire nécessaire, les compétences pour produire et créer en interne nos reportages d’information et nos programmes de télévisions. Nous sommes choqués et écœurés lorsque nous découvrons par hasard que des produits télévisuels destinés à nos antennes sont produits à l’extérieur sans même que nos équipes n’aient été consultées : c’est un scandale, c’est une trahison.

Nous n’accepterons aucun chantage à l’emploi ! Nous n’accepterons pas que vous opposiez des salariés à d’autres ! Nous n’accepterons pas que les effectifs de France Télévisions baissent encore : nous sommes à l’os et nous n’avons pas de gras contrairement à ce que l’Etat veut bien nous faire croire.

Ainsi, il nous apparaît difficile de fusionner les rédactions de France 2 et France 3. Les journalistes de France 2 ou France 3 sont d’accord pour trouver des synergies, ou pour se parler. Evidement certains sujets peuvent se mutualiser. Mais derrière la fusion des rédactions, nous souhaitons le maintien de toutes les éditions France 3 et de leurs spécificités dans le traitement de l’information.

Enfin, puisque nous parlons d’emploi, nous ne pouvons pas terminer ce liminaire sans parler des salariés intermittents du spectacle et des CDD de notre entreprise qui représentent environ 14 % de nos personnels.

Vous ne pouvez pas maintenir ces salariés dans la précarité. Nous exigeons l’intégration immédiate de tous les CDD historiques.

S’il y a bien une preuve qu’il y a bien une lutte des classes aujourd’hui, elle est ici.

Les livres d’histoire parleront plus tard de ce patronat qui maintenait dans la précarité sans perspectives du lendemain des ouvriers corvéables à merci.

Cela doit cesser immédiatement, comme doit cesser les disparités entre les hommes et les femmes ! Il n’est pas admissible que nos épouses, nos filles, nos sœurs, nos collègues soient maintenues dans cette disparité. A Force Ouvrière, cela nous fait horreur !

Les livres d’histoire parleront aussi plus tard de ces salariés dont on ne faisait pas évoluer leur salaire.

A Force Ouvrière, nous revendiquons toujours une augmentation générale des salaires et une prime d’intéressement dans le cadre de la création de la « chaîne France Info »  qui nous demande des efforts. La valorisation du travail passe par la revalorisation salariale.

Vous voulez changez les choses ? Alors faites-le maintenant mais dans le sens des salariés !

Lu par Eric Vial, Délégué Syndical Central et élu du CCE France 3 Pôle Nord-est au nom des élus Catherine Reggianini (France 3 Pôle Nord-est), Georges Rochette (1ère Polynésie), François Ormain (France 3 Pôle Nord-ouest), Jean-Michel Seybald (Représentant FO au CCE).

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