Liminaire du CSE siège du 21 et 22 février 2019 – Non à la suppression du Soir 3

Notre pays a perdu cette semaine deux emblèmes de la Qualité française. La disparition brutale de l’un de ses plus célèbres couturiers et l’annonce programmée de l’une de ses meilleures éditions d’information : le Soir 3. Depuis 40 ans, un journal haute couture, cousu main avec des journalistes, des techniciens, des personnels administratifs pour qui travailler pour ce journal de Qualité qui attire entre 600 000 et 1million 500 000 téléspectateurs est un honneur. Des reportages, des sujets qui dépassent largement les frontières de notre modeste hexagone comme une chronique européenne quotidienne. Comme évoquer avant tout le monde la crise financière au Venezuela ou les manifestations en Haïti, tout en accordant chaque jour 5’ à l’actualité de chaque région maître de cette page, des invités iconoclastes, du plus prestigieux au moins connu, au moins « politiquement correct ». Est-ce à ce point-là si original et irrévérencieux que la direction ait décidé de mettre cette édition à l’agonie ?

Les petites mains du Soir 3 étaient déjà sorti ahuries le jour de l’attentat de Strasbourg quand l’un des directeurs de la rédaction, venu pour une fois spécialement tard le Soir assister au journal en raison de cette actualité, avait osé benoîtement et publiquement devant tout le personnel de la régie découvrir cette page dédiée aux régions et diffusée au sein de cette édition depuis près de 10 ans. Quelle morgue ! Quel mépris !

Alors Force Ouvrière préfère citer le créateur de cette édition de référence, un journaliste, lui, reconnu pour son immense classe professionnelle : Jean-Marie Cavada, dans Le Parisien d’hier matin : « Que France Télévisions choisisse de supprimer le Soir 3, c’est bafouer la redevance audiovisuelle. Je suis consterné, outré ! » Les petites mains de ce journal haute couture, aujourd’hui s’interrogent, pire s’inquiètent. Le personnel hier si fier est aujourd’hui angoissé. Du monteur au mixeur en passant par les assistants administratifs, le réalisateur, les rédacteurs, … quelles nouvelles tâches vont-elles leur être attribuées quand le Soir 3 va désormais être fabriqué et diffusé en amont sur le Canal 27 de Franceinfo, où les journalistes assurent seuls montage et mixage ?

Quelle solution, quelle formation sont proposées aux personnels de l’ancienne rédaction nationale de France 3 qui travaillent chaque jour pour le Soir 3 afin d’assurer cette transition…?

Quel sens éditorial ? Envisageriez-vous de faire fabriquer et diffuser le journal de 20:00 de France 2 à 18 :30 par et sur France Info pour le rediffuser ensuite à 20:00 sur France 2 ? Grotesque !

On éteint la lumière à un horaire décent sur l’antenne premium, silence sur la ligne… mire de barre… en tous les cas en ce qui concerne la communication interne avec les salariés.

Lors de ce CSE, nous allons parler de votre plan de formation 2019. Les documents fournis pour y travailler y sont bien vagues. Encore plus ceux qui concernent la formation des cadres au management. Et pourtant, en 2019, c’est bien ce dont france•tv manque cruellement pour accompagner les personnels, journalistes, techniciens, administratifs, vers cette fameuse transition numérique.

À commencer par une formation de l’encadrement au simple savoir-vivre, au ton qu’il utilise pour s’adresser aux salariés ou aux représentants syndicaux. Nous y voyons tous le signe de votre grande nervosité tant vous-mêmes êtes obligés d’avancer dans le flou, avec des directives plus ou moins claires. Nous n’avons pas à en subir les conséquences qui se traduisent par des attitudes grossières comme des raccrochages de téléphone au nez, des sautes d’humeur allant jusqu’aux crises de rage, et un manque global de bienveillance dans le management.

Un ancien directeur aujourd’hui à la retraite disait : « Être cadre, c’est aussi avoir charge d’âmes » Vous nous répondrez peut-être, si vous le daignez, qu’il fait partie de l’ancien monde, comme les centaines de milliers de téléspectateurs quotidiens du Soir 3. Votre nouveau monde à vous nous laisse juste pantois d’absurdité managériale, culturelle et intellectuelle.

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