France Télévisions : un bateau nommé désir

« Un manque de rigueur », « mieux maîtriser les charges », « accélérer les réformes » ! Quel déferlement de questions n’avons -nous pas constaté dans la presse depuis la publication le 24 octobre du rapport de la Cour des Comptes sur France Télévisions ! Souvent, France Télévisions a été comparée au Titanic… Mais le navire amiral de l’audiovisuel public est surtout l’objet de tous les désirs et tous les fantasmes, au point qu’on en oublie l’essentiel : les gens qui y travaillent sont payés comme les autres en grande majorité. Toutefois les gros salaires épinglés dans le rapport de la Cour des comptes démontrent que par le passé la gestion a effectivement été « insuffisamment rigoureuse » comme le souligne la Cour des Comptes. Alors que le bilan social présenté les 17 et 18 octobre nous alertait par ailleurs sur l’absentéisme record, notre syndicat appelle donc à des éclaircissements sur les salaires élevés cités, et sur les frais de taxis mirobolants, parmi les aberrations révélées par la Cour.

Surréalistes salaires…

D’après ce rapport, 191 personnes gagneraient donc plus de 120 000 € bruts par an. 547 salariés toucheraient plus de 96 000 €, et 1415 en percevraient plus de 70 000. Par ailleurs, le rapport recense de très nombreux cadres : 26% des journalistes (dont 40% à la direction de l’information)…et ce chiffre plus étonnant de 79% du personnel technique et administratif ! Si le chiffre peut paraître réaliste chez les journalistes, il nous apparaît beaucoup plus douteux chez les PTA. À moins que la Cour des Comptes ne confonde deux notions, en l’occurrence le fait que les PTA sont reconnus « cadre de spécialités » à partir du niveau 5S, ce qui n’a évidemment rien à voir avec la notion d’encadrement d’équipes.

Quels commentaires et quelles précisions la direction pourrait-elle apporter sur ce point ?

Valide-t-elle ce qui a été diffusé ainsi par les conseillers de la Cour ? Et si oui, quelles explications donne-t- elle pour ces salaires très élevés ? En particulier pour les très gros salaires en ligne de mire ?

Comment expliquer également que le nombre de salariés CDI ayant une rémunération brut annuelle supérieur à 70000 euros, a augmenté de 57 % entre 2009 et 2013 sous les mandats de Patrick de Carolis et de Rémy Pfimlin ? Pour rappel, c’est bien la gestion des deux précédents présidents de France Télévisions qui est épinglée par la Cour des Comptes. Concernant leur bilan, il est plus que nécessaire d’obtenir des réponses.

Les notes de taxi mirobolantes

Quelques personnes auraient donc bénéficié de frais de taxi aberrants : jusqu’à 22 000 euros pour une seule personne ! Comment est- ce possible ? Ces notes de taxis concernent-elles des personnes ayant bénéficié par ailleurs de chauffeurs de FTV ? Comment une telle dérive a-t-elle pu être tolérée, lorsque l’on connaît la façon avec laquelle le suivi des frais est effectué ? D’autant que les équipes de tournage (matériel lourd, larges amplitudes horaires, conditions de travail stressantes sur le terrain) se voient refuser un retour en taxi lorsque les horaires ne correspondent pas au règlement… Il est inacceptable en tous cas que de telles pratiques avec les notes de taxi soient cautionnées, alors que l’on court après les économies dans le respect d’un budget particulièrement contraignant.

FTV une marque à forte valeur ajoutée

Ce rapport (que certains journaux trouvent « au vitriol ») omet en tous cas de rappeler qu’en 2008, France Télévisions a été amenée à changer de modèle économique de façon très brutale…puisqu’une grande partie de la publicité nous a été enlevée, de façon cavalière et sans sommation !

Aujourd’hui, les mêmes qui nous accusent de « mal dépenser l’argent public » oublient qu’il serait salutaire de pouvoir disposer d’un peu plus de publicité pour retrouver l’équilibre, en particulier avec un retour de cette publicité après 20h. Pourquoi ne précisent-ils pas que les écrans du soir sont bien plus rémunérateurs que ceux de la journée ?

N’oublient- ils pas de rappeler que les plus gros annonceurs sont contraints de se détourner des offres de France TV, ces dernières étant limitées – au niveau des tranches horaires – au créneau de la journée (et ne répondant donc pas à leur cahier des charges) ? En effet, les annonceurs veulent pouvoir atteindre toutes les tranches horaires des chaînes de télévisions. Ils disent regretter d’ailleurs avoir dû renoncer à la publicité sur les chaînes de FTV.

Plus grave encore, n’oublient-ils pas de prendre en compte l’impact qu’a eu cette suppression de la publicité sur la croissance économique ? (Voir séance du Sénat du 3 juillet 2015)

Plus largement, Force Ouvrière rappelle aux magistrats de la Cour que le coût du service public audiovisuel français reste très inférieur à celui de nos voisins anglais et allemands…et que la BBC, propriétaire d’un tiers de ses propres productions, n’a pas à subir comme France Télévisions les conséquences d’une politique « clientéliste » qui privilégie les producteurs privés (au détriment de l’entreprise française du service public).

En conséquence, pour ces motifs et en dépit de ces obstacles la situation est cependant bien loin d’être aussi dramatique que certains le font croire ! Le mandat commencé il y a quinze mois par Delphine Ernotte a permis le rétablissement de la situation financière. Ceci alors que le budget alloué par l’État n’est pas à la hauteur de ce qui est demandé à France Télévisions, navire amiral de l’Audiovisuel public : des programmes de qualité, de l’audience, de l’indépendance, etc… Alors pour piloter le groupe vers lequel convergent tous les regards et tous les désirs, ne faut-il pas des moyens supplémentaires ?

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