Déclaration Force Ouvrière au Comité Central d’Entreprise du 1er octobre : TOUT AZIMUT !

Madame Ernotte-Cunci, Madame la Présidente de France Télévisions,

Au nom du syndicat Force Ouvrière France Télévisions et au nom de ses élus et adhérents nous vous souhaitons, pour votre premier exercice au Comité Central d’Entreprise, une cordiale et une fraternelle bienvenue.

Nous ne pouvons que nous féliciter d’accueillir la première femme patronne de France Télévisions. En 2015, il n’était pas trop tôt !

De gauche à droite : François Ormain (Elu CCE France 3 Caen et Délégué Syndical Central FO), Françoise Chazaud (Elue CCE Siège et Déléguée Syndicale Centrale FO), Georges Rochette (Elu CCE - Polynésie 1ère), Catherine Reggianini (Elue CCE France 3 Metz), Eric Vial (Elu CCE France 3 Strasbourg et Délégué Syndical Central FO)
De gauche à droite : François Ormain (Elu CCE France 3 Caen et Délégué Syndical Central FO), Françoise Chazaud (Représentante FO CCE -Siège France Télévisons- et Déléguée Syndicale Centrale FO), Georges Rochette (Elu CCE – Polynésie 1ère), Catherine Reggianini (Elue CCE France 3 Metz), Eric Vial (Elu CCE France 3 Strasbourg et Délégué Syndical Central FO)

Nous voulons souhaiter également la bienvenue à tous les nouveaux élus du CCE, dont notre camarade Georges Rochette de 1ère Polynésie qui siégera avec FO. Nous nous félicitons des derniers résultats de notre syndicat, que ce soit à Réunion 1ère où nous approchons les 30 % ou à Polynésie 1ère. Nous poursuivons notre progression partout.

France Télévisions est un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Un empire convoité aussi difficile à gérer que l’équipe de France de football : il y a un coach et 60 millions de sélectionneurs téléspectateurs. Chacun veut y mettre son grain de sel : vous vous en êtes aperçue dès votre nomination par le CSA.

Nous avons considéré à FO que les conditions de votre nomination ont été opaques, et nous aurions préféré de la part du CSA davantage de transparence. Pour autant, il n’appartient pas à un syndicat de choisir sa patronne. Nous avons pris acte de votre nomination et nous jugerons de votre mandature sur pièce sans faire de procès d’intention.

Le début de votre mandature a été marqué par plusieurs volte-face de notre tutelle qui nous laisse croire, hélas, que c’est encore l’Etat qui veut contrôler et diriger France Télévisions.

D’abord votre projet de chaîne « tout info », auquel, sur l’idée notre syndicat souscrit totalement. Il n’est pas normal que le service public n’ait pas sa chaîne info dans le paysage concurrentiel qui est le nôtre aujourd’hui. Donc nous disons oui à la chaîne « tout info », encore faudra t-il voir les conditions d’exercice de cette chaîne et l’organisation sociale qui en découle. Notre groupe a besoin de projets pour se développer.

Le projet de chaîne info a été mis à mal par la Ministre de la Culture, Mme Fleur Pellerin, qui a considéré que ce n’était peut-être pas une priorité…d’autant que notre budget ne nous le permettait pas forcément.

Encore l’année dernière, à peu près au même moment, le budget de France Télévisions visait à terme un retour à l’équilibre, avec des concessions des salariés extrêmement difficiles pour y arriver. Nos difficultés budgétaires pèsent bien évidemment sur l’ambiance au sein des équipes et nuisent à notre volonté de construire des projets et de nous développer. Nous verrons tout à l’heure que non seulement l’équilibre budgétaire n’est plus forcément un objectif, mais que notre déficit pour 2015 se creuse et que vous avez annoncé pour 2016 un déficit de 50 Millions d’euros.

Les solutions qui auraient pu contribuer au redressement de France Télévisions sont toutes rejetées par l’Etat et le législateur : pas de retour à la publicité après 20 heures, malgré d’ailleurs vos demandes, pas de réévaluation substantielle de la redevance, malgré d’ailleurs vos demandes, pas de réévaluation de la dotation d’Etat. Le tout dans un contexte ubuesque où la Taxe Copé sur les opérateurs numériques et télécoms censée compenser une partie de nos manques budgétaires est dévoyée et détournée de son objectif initial.

Bref, on peut dire, hélas, que pour le moment entre le départ de M. Pflimlin et votre arrivée, la situation de France Télévisions n’a pas changé, on pourrait même dire qu’elle s’est économiquement dégradée.

En revanche, sur le plan du dialogue social, nous avons constaté une réelle volonté de consultation des personnels et de leurs représentants. Vous avez hérité, par exemple, lors de votre premier jour de mandature, d’une étrange affaire de double système d’évaluation à France Télévisions dont évidemment personne ne peut vous reprocher la paternité.

Vos nouvelles équipes de DRH, fait rare mais intelligent, ont reconnu l’erreur d’info-consultation et s’en sont officiellement excusées. Les nombreuses réunions sur ce sujet, dont une qui a duré plus de 5 heures sans interruption, avec des débats parfois vifs, ont marqué une réelle volonté de faire toute la lumière sur le sujet. Ces dirigeants ont annoncé la restitution honnête de ces évaluations à l’ensemble des personnels concernés et ont engagé avec les organisations syndicales une véritable réflexion sur la modernisation et la refonte totale des conditions de l’entretien individuel annuel qui doit être un plus pour le salarié et pour le manager.

Cette affaire aura montré la grave crise de l’encadrement, notamment de l’encadrement de proximité qui se sent totalement déresponsabilisé. Ce sera un grand chantier de votre mandat.

Hier et avant hier, l’Assemblée Nationale et le Sénat y sont allés également de leur petite contribution. Pour l’Assemblée Nationale, France Télévisions doit davantage produire en interne et exporter. Une revendication portée depuis longtemps par FO.

Encore faut-il que l’Assemblée Nationale concède à revoir le décret Tasca et à reverser une partie substantielle des droits du producteur à France Télévisions. Nous considérons qu’il n’est pas normal que notre entreprise ne puisse pas tirer des recettes de ses productions et de son financement public engagé.

Le Sénat propose, lui, de réinstaller l’ORTF d’ici 2020. Tout l’audiovisuel public rassemblé dans une seule et même entreprise : France Médias. Le Sénat parle d’un BBC à la française. La BBC, ce merveilleux exemple où les plans sociaux se succèdent les uns derrière les autres, plus de 6000 emplois supprimés. C’est d’ailleurs sans doute l’objectif des rapporteurs : mutualiser les coûts de l’audiovisuel public avec à la clé une réduction des personnels.

De notre côté nous militons, nous revendiquons des chaînes d’Outre-mer et régionales de plein exercice et les moyens de faire fonctionner ces chaînes. Pour nous, la proximité, c’est important. Dans tous les cas il faudra redonner un positionnement lisible de toutes les chaînes de notre groupe.

Enfin comment ne pas penser aux salariés précaires de notre entreprise : intermittents du spectacle, pigistes, CDD qui travaillent depuis parfois des dizaines d’années à France Télévisions sans reconnaissance de leur action. Nous exigeons l’embauche immédiate de tous les salariés précaires qui le désirent.

Comme vous le voyez, Madame la Présidente, chacun veut diriger et contrôler France Télévisions. Mais cette magnifique entreprise ne pourra se relever que si elle adopte une stratégie claire et définie à l’avance. Ce sera votre mission que d’obtenir avec l’Etat un Contrat d’Objectifs et de Moyens digne de nos missions de service public. Un contrat qui devra enfin être respecté par l’Etat et qui ne nous donne pas des missions touts azimuts avec des financements continuellement à la baisse.

Nous pouvons vous assurer que les personnels sont épuisés, rincés, des va-et-vient et des volte-face. Ils demandent de la stabilité et de la reconnaissance.

Comme toujours, Force Ouvrière France Télévisions défendra les intérêts de France Télévisions et de tous les salariés. Nous vous souhaitons un excellent mandat.

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